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AWS, Azure, OVH, on-premise : comment choisir un hébergement sans exploser ses coûts ni sa sécurité

Emmanuel BALLERY
Architecte Technique & Fondateur
calendar_today 24/12/2025
schedule 15 min lecture

Choisir un hébergement n'est jamais un choix purement technique. C'est une décision stratégique qui engage les coûts, la sécurité, la conformité et l'autonomie sur plusieurs années.

Dans de nombreuses entreprises, ce choix est fait trop vite. Par mimétisme. Par pression commerciale. Ou pour se rassurer.

Résultat fréquent : une infrastructure moderne en apparence, mais coûteuse, rigide et mal maîtrisée. Cet article propose une grille de lecture simple, issue du terrain.

Le vrai sujet n'est pas 'où héberger'

Avant de comparer des fournisseurs, il faut poser le cadre.

  • hébergement ≠ architecture
  • cloud ≠ performance automatique
  • sécurité ≠ logo du prestataire

Un mauvais design applicatif reste mauvais, quel que soit l'hébergeur. Un bon produit peut fonctionner sur plusieurs modèles d'hébergement.

Le bon choix dépend du produit, de son cycle de vie et de l'organisation. Pas du discours marketing.

Quand AWS ou Azure sont pertinents

Ces plateformes ont une vraie valeur dans certains contextes précis.

Cas typiques

  • besoin d'élasticité réelle et imprévisible
  • time-to-market critique
  • produit à portée internationale
  • équipes internes expérimentées sur ces écosystèmes

Forces objectives

  • services managés très avancés
  • écosystème riche
  • capacité à absorber des pics de charge

Dans ces cas, le cloud hyperscaler est cohérent. À condition d'un pilotage strict.

Quand AWS ou Azure deviennent une erreur stratégique

C'est le cas le plus fréquent en PME et ETI.

Signaux classiques

  • charge stable et prévisible
  • architecture surdimensionnée
  • empilement progressif de services managés
  • dépendance forte à un intégrateur

1. Des coûts structurellement plus élevés

AWS et Azure ne sont pas des solutions low-cost. Ils déplacent les coûts plus qu'ils ne les réduisent.

  • facturation fragmentée
  • multiplication des lignes
  • difficulté à relier coût et valeur métier

À 24 ou 36 mois, beaucoup de dirigeants ne savent plus :

  • ce qui coûte réellement
  • pourquoi
  • comment réduire sans risque

2. Une supervision financière qui se dégrade avec le temps

Sans démarche FinOps active :

  • la complexité masque les dérives
  • les coûts augmentent mécaniquement
  • la gouvernance devient opaque

La supervision devient un métier à part entière. Peu d'organisations sont équipées pour cela.

Cas réel : optimisation AWS réalisée en 2025

Sur une infrastructure existante hébergée chez AWS, la facture mensuelle dépassait 9 000 $ début 2025. Aucune explosion de trafic. Aucun changement fonctionnel majeur.

Constats initiaux

  • services managés empilés au fil du temps
  • ressources largement surdimensionnées
  • absence de pilotage budgétaire structuré
  • coûts mal attribués aux usages réels

Personne ne savait précisément quels services coûtaient quoi ni lesquels étaient encore nécessaires.

Actions menées

  • audit détaillé de la consommation
  • suppression de ressources inutiles
  • redimensionnement des instances
  • simplification de l'architecture
  • supervision budgétaire claire

Aucun impact fonctionnel pour les utilisateurs.

Résultat

Baisse

÷ 2+

Avant

~ 9 000 $ / mois

Après

~ 3 500–4 000 $ / mois

Point clé

Le problème n'était pas AWS. Le problème était l'absence de gouvernance. Ce mécanisme est identique sur AWS comme sur Azure.

Graphique AWS montrat la diminution des coûts d'une infrastructure

Diviser les coûts par deux prends du temps.

Le rôle réel des intégrateurs cloud

Sujet sensible mais nécessaire.

AWS et Azure reposent sur des programmes partenaires structurés : intégrateurs certifiés, incentives commerciales, co-marketing, intérêts alignés sur la consommation de services.

Conséquence fréquente

  • recommandations orientées plateforme
  • architectures complexes par défaut
  • surdimensionnement initial

À retenir

Quand l'hébergeur, l'intégrateur et l'architecte partagent le même intérêt économique, le choix n'est plus neutre. Ce n'est pas un jugement. C'est un modèle économique.

OVH et l'hébergement souverain : une alternative rationnelle

OVHcloud est souvent plus adapté dans de nombreux contextes : données sensibles, contraintes RGPD fortes, charge prévisible, besoin de maîtrise des coûts.

Avantages concrets

  • facturation lisible
  • relation contractuelle claire
  • localisation maîtrisée
  • dépendance limitée

Souveraineté ne signifie pas archaïsme. C'est souvent un choix pragmatique.

On-premise : ni solution miracle, ni hérésie

L'on-premise reste pertinent dans certains cas.

  • produit critique
  • exigences de sécurité élevées
  • équipes Ops compétentes
  • besoin de contrôle total

Il devient une erreur si :

  • aucune équipe n'est dédiée
  • la supervision est inexistante
  • aucun plan de continuité n'existe

Ce modèle exige de la rigueur. Pas de l'improvisation.

RGPD et responsabilité

La responsabilité reste toujours côté client. Le cloud ne transfère pas le risque juridique. La localisation des données doit être maîtrisée.

Le RGPD est un sujet juridique et organisationnel. Pas un argument marketing.

Coûts réels à 12, 24, 36 mois

Comparer uniquement le coût mensuel initial est une erreur.

Il faut intégrer :

  • coût infrastructure
  • coût humain
  • coût de dépendance
  • coût de sortie

Le coût total est rarement celui annoncé au départ.

Conclusion

Le bon hébergement n'est pas le plus moderne. Ce n'est pas le plus rassurant commercialement.

Message clé

Le bon hébergement est celui qui sert votre produit, aujourd'hui et dans trois ans, sans vous enfermer.

Un choix réversible vaut mieux qu'un choix à la mode.

Note : cet article vise à fournir une grille de lecture. Les décisions d'hébergement doivent être évaluées au regard de vos contraintes légales, sécurité et continuité.

À propos de l'auteur

Emmanuel BALLERY est le fondateur de x10. Expert en architecture logicielle et passionné par la qualité du code (Software Craftsmanship), il aide les entreprises à transformer leur dette technique en actifs durables.

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